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Le web et la RV exigent de penser de nouveaux formats

Interview de Pierre Magrangeas, fondateur, à retrouver sur https://www.linkedin.com/pulse/le-web-et-la-rv-exigent-de-penser-nouveaux-formats-concerts-eligny

· Marques,Nouvelles expérience

Que propose Rhythm and Town ?

Nous sommes une boîte de production spécialisée dans la vidéo musicale et le film de concert pensés pour le digital et les nouvelles technologies (3D, réalité virtuelle, son binaural, captation à 360°…). Nos clients sont les diffuseurs, quels qu’ils soient.

Nous travaillons pour la Sacem, pour Culturebox (plateforme numérique de France TV), peut-être bientôt pour Arte et d'autres plateformes de difffusion web : le marché classique des diffuseurs, mais sur Internet. Nous travaillons aussi pour des marques (Unibail Rodamco).

Contractuellement, vous signez avec qui ?

Cela dépend des projets.

Lorsque nous organisons des concerts, nous traitons directement avec les artistes, avec le label.

Pour l’émission sur laquelle nous travaillons pour la Sacem sur le programme FrenchVIP, nous traitons avec les éditeurs.

Pour certains projets avec des marques, nous traitons avec l'agence organisatrice du projet.

 Le marché de la captation est-il en train d’évoluer ? Offre-t-il actuellement des opportunités ?

Le vrai changement, actuellement, c’est qu’il y a de plus en plus de gens qui vont chercher des contenus musicaux originaux et de nouvelles expériences sur Internet.

Mais aujourd’hui encore, la majorité de ce qui est produit est conçu pour la télévision. Cela ne correspond absolument pas aux usages du public sur le web. Sur un concert, il y a 9 minutes de rétention, et tu as payé pour 1 heure de contenus. Il faut personnifier, contextualiser. Tous les contenus que nous produisons sont pensés en ce sens, comme des véritables émissions écrites et réalisées pour le web.

-Le web ne permet pas de penser de nouveaux formats ou de nouvelles expériences de concerts, il l’exige !

Mais les choses ne s’arrêtent pas là. En plus de l’artistique et du technique propre à l’audiovisuel, il faut un véritable savoir-faire en terme de stratégie numérique. Il faut connaître les règles du référencement, du marketing web, et se tenir au courant quotidiennement des technologies nouvelles qui arrivent quasiment chaque semaine.

En plus du travail sur la réalité virtuelle, tout ce qui touche à l’interactivité nous intéresse, comme le montage en direct via des smartphones présents dans la salle de concert. Il est indispensable d’être en veille permanente sur l’innovation pour proposer des contenus originaux.

 Le web permet-il de penser de nouveaux formats et de nouvelles expériences ?

Le web ne permet pas de penser de nouveaux formats ou de nouvelles expériences de concerts, il l’exige ! Certaines émissions fonctionnent très bien à la télé, mais pas sur le web. Leurs audiences en ligne sont d’ailleurs faibles. Sur Internet, la concurrence est énorme. Se démarquer et fidéliser les gens est encore plus important. C’est la fameuse règle des 4E du marketing web : engagement, exclusivité, émotion, expérience. C’est là-dessus qu’un diffuseur doit construire son image de marque.

Erika Govinda Rajen. Photo Credit : Ludivine Nakedcat

Les vidéos musicales sont plébiscitées par les internautes. Y a-t-il déjà une véritable économie ?

Tout le monde le sait : aujourd’hui, le premier canal d’écoute de musique en ligne, c’est Youtube. Il y a aujourd’hui des gens très compétents, qui font un travail original et efficace. Les artistes doivent travailler avec eux pour se renouveler et proposer toujours de nouvelles expériences. Il y a donc de réelles opportunités pour les boîtes de production. Le marché a déjà été investi, mais des places restent à prendre.

Par contre, l’économie de la captation/diffusion de vidéolive sur le web n’est pas encore bien en place. Pour financer les projets, on est obligés de s’appuyer sur des diffuseurs, d’aller à la pêche aux subventions… Il faut se constituer un réseau large de partenaires et de clients. D’un point de vue administratif, c’est assez lourd, mais comme pour beaucoup d’activités. Et de l’autre côté, ce n’est pas la monétisation sur les plateformes comme Youtube qui permet de dégager des revenus suffisants. Il faudrait que des plateformes spécialisées se développent et parviennent à monétiser davantage leur audience, comme sur Medici, Canal+, voire Netflix ! C’est le problème de beaucoup de contenus en diffusion web. Sans soutiens en amont des productions, il est difficile de travailler. Le premier gage de réussite reste de produire régulièrement de bons contenus, fidèles aux artistes, et qui suscitent l’intérêt du public.

 Un modèle par abonnement est-il viable ?

Avant de pouvoir vendre des abonnements, il faut installer une image de marque forte. Pendant le temps de positionnement de la marque, il faut avoir d’autres sources de revenus ou de soutien, comme du sponsoring ou de bons financements. Par exemple, un site spécialisé dans la musique classique compte aujourd’hui plus de 10 000 abonnés, ce qui représente une part non négligeable de son chiffre d’affaires. Mais c’est le sponsoring qui leur permet de tenir le coup les 5 premières années.

Travaillez-vous avec des marques ? Si oui, quelles sont les différences avec un diffuseur ?

Nous sommes actuellement sur un projet avec une marque. Une marque a en général une vision bien précise de ce qu’elle veut faire. Il faut gérer l’équilibre entre la demande, et la nécessité de ne pas dénaturer le projet artistique. Être en amont du projet, en ayant la main sur les contenus, facilite aussi le travail.

 Faut-il aussi que les dispositifs de soutien dédiés évoluent ?

Le principal soutien, c’est le CNC, qui est actuellement en train de faire évoluer ses dispositifs. Sa position, c’est de favoriser la production de très haute qualité. Travailler avec le CNC a pour effet d’augmenter la qualité de ce que l’on produit, par l’exigence demandée pour être éligible aux aides.

Hors CNC, les guichets ne sont pas nombreux. Le FCM, par exemple, avait ouvert un programme dédié aux vidéomusiques qui n’est plus ouvert aux films de concert mais réservé aux clips proposés par des labels. On se rend compte que le plus simple c’est parfois de travailler en accord avec le label de l’artiste. Les labels sont très conscients de l’importance de disposer de vidéos de grande qualité pour le web. Ils en ont besoin pour promouvoir leurs artistes. Quand on veut monter un projet ambitieux en réalité virtuelle par exemple, il est nécessaire de travailler avec le label, qui a un accès beaucoup plus simple à certains financements.

 Avez-vous des rapports avec les producteurs de spectacles ?

Là aussi, les choses sont en train d’évoluer. Par exemple, pour produire une vidéo en immersion, en réalité virtuelle, faire une simple captation d’un concert est possible ; mais, pour avoir un rendu optimal, il faut que la mise en scène ait été pensée, en amont, pour la 360°. Alors que pour une captation classique pour la télé, poser 4-6 cadreurs et disposer d’une bonne régie technique peut suffire.

Les évolutions technologiques mettent les producteurs en forte concurrence et les poussent à penser différemment, pour les nouveaux usages. C’est donc logiquement que le producteur de spectacles, à mon avis, devra être de plus en plus impliqué dans les projets audiovisuels autour du concert de ses artistes. Mais il faut pour cela ne pas travailler sur des one shot, mais formaliser des partenariats sur du long terme.

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